Pas
seulement un registre historique, ni même uniquement une marque laissée comme les résultats du combat entre force et art. Dans cet album sont entonnés des vrais hymnes de guerre, des poèmes musiqués pour lutter contre toute forme d’agression. Il y a un domaine à l’intérieur de l’homme, un domaine la plupart du temps très sombre, obscurci par un milliard de raisons, mais qui ne cesse jamais de respirer. On a ici l’opportunité d’avoir une très fulgurante image des impulses qui sont y alimentés. On doit y attendre par une musique avec les chants fiévreux, ses rythmes sauvages et quelques trompettes endiablées. On y sent une énergie bouleversante.
Raï (de l’arabe, point de vue ou opinion) est à la base un genre musical, dont l’origine peut être estimée du début du XXème siècle dans la région d’Oran, Algérie. Les 8 morceaux représentent une phase spécifique du mouvement raï, il couvre surtout le début des années 70, quand des nouveaux artistes sont mis à fonds dans un processus de transformation de la dynamique de la musique raï, dans sa réalité concrète (avec une réorganisation de ses instruments clés) et dans ses implications politiques. Cela ressort du premier morceaux jusqu’au dernier, l’entrée des cornets hystériques, qui se font être accompagnés d’un travail de percussion brutalement beau. Et dans ce sens les deux premiers morceaux joués par Bellemou & Benfissa sont magistraux en nous offrant le trou par où rentrer dans ce nouveau univers politiquement clandestin.
La censure de l’époque a confiné cette musique aux cabarets cachés de l’Algérie, a prohibé sa diffusion dans les radios de l’époque, mais on continuait à entendre leur voix, leur force s’accroissait dans ces endroits insolites, les cabarets, les squats, où certainement des nouvelles idées étaient formulées, dans la dense atmosphère qui nous sera toujours inconnue. Ils ont heureusement arrivé a mettre quelques de ces moments dans la pierre, graver leurs noms dans ces fragiles et romantiques vinyles, à partir desquels cette compilation a pu être faite.
Il s’agit donc, sans aucun doute d’une musique vernaculaire, à nulle autre pareille, subversive, virulente, obscure, urgente. Ces huit morceaux de transe sauvage et explosive témoignent les antécédents de la nouvelle musique raï comme on trouve aujourd’hui en Algérie, ce témoin pourtant nous indique des voix désespérées pour chanter leur liberté, et elles y sont libre sans doute, libres comme seules peuvent l’être les musiques illicites et souterraines.
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